Moi Irma, toi Jane

barbie


Chose promise, chose due… nouvel extrait du roman en cours d’écriture !


Ken ne bouge pas. Fier, l’homme-barbie est debout au milieu de la cuisine américaine de son majestueux duplex. Cette miniature, parfaite réplique des logements que l’on pourrait trouver à Dallas, se trouve dans la penderie du couloir. Ma sœur Béatrice a décoré cet Open Space avec un sens de la précision qui lui est très personnel : deux étagères larges d’environ cinquante centimètres, beau mobilier, somptueux tissus aux murs, portes blanches coulissant pour fermer, tout au long du couloir qui sépare notre chambre du salon.
Mon nez arrive à hauteur du premier étage. Tiens ! Une Barbie a changé de tenue, un meuble s’est déplacé. L’espace se redessine de jour en jour. Fières, ces magnifiques silhouettes évoluent, puis un jour se raidissent, et perdent de leur superbe. Abandonnées… Alors les chignons deviennent jaunes comme l’herbe l’été, secs et cassants. Les jolies boucles se figent et laissent apparaitre de petits fils brillants.
A ce stade la fin approche. L’immobilité de ces petites femmes est irréversible. A l’exemple de celle-ci, assise sur un fauteuil dans l’angle du salon, qui ne change plus de place, ni de vêtement, ni de coiffure depuis très longtemps.
Chaque matin je m’informe de son état, constate les avancées de sa dégénérescence. Elle n’a plus de contacts avec les autres, elle leur ressemble de moins en moins. Alors à mes yeux elle devient importante, elle sera bientôt mienne.
Le prédateur en moi s’éveille. Je le sais, ma sœur me lèguera celle sur qui le temps a fait ses ravages. Je peux déjà lui imaginer un futur, elle s’appellera Jane. Jane, tu seras quelqu’un d’autre demain !
Ma Jane est assise dans ce magnifique triplex, dos au mur. L’impasse… Fin difficile… Devant elle, tant de jolies pièces où elle ne peut plus aller, tout l’espace que ma mère concède à Béatrice. Elle est l’ainée…
Jane, j’arrive.
Jane, tu seras bientôt prête à tirer ta révérence de ce monde trop codifié pour nous. Prépare-toi à venir dans mon monde, le monde de la savane.

Les yeux de ma mère

yeuxmere
Pierre Cornuel- Femmes rebelles

Voici le début d’un roman en cours d’écriture… à suivre !


Il était une fois les yeux de ma mère qui roulent dans leur orbite. Elle louche volontairement en faisant du bruit avec sa bouche. Consciencieusement, elle l’ouvre à un rythme régulier. Je découvre ses dents, sa glotte, et des mèches de sa crinière échappées de sa toison rousse. A gauche une main levée, ongles rouges, pointée dans ma direction. Continuer la lecture de Les yeux de ma mère