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Un roman de Bessora

Où Zara, sa petite Marie Crevette, et la girafe en peluche de cette dernière, débarquent sur les bords de la Seine pour étudier les étranges Gaulois. Réédition d’un premier roman salué par la critique et les lecteurs.

« La cat’ du Gymnasium est un signe d’intégration : comme la cat’ de séjour, elle prouve qu’on a le nombre de millimètres qu’il faut »

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    EAN13 : 9782953933000
    Genre : Littérature – Roman
    Editeur : La Margouline 2012, Le Serpent à Plumes 1999
    Pages : 198 p.
    Dimensions : 130 mm * 204 mm
    Poids : 245 g.

Chère mademoiselle Alexandre Dumas

Chère mademoiselle Alexandre Dumas, je suis enceinte de deux mois, quand, il y a sept ans, je débarque d’une pirogue creusée dans le bois d’okoumé, sur les bords de la Seine ; comme Pocahontas, en son temps, débarqua sur les bords de la Tamise. J’ai vingt et un ans et j’entends bien me consacrer à l’ethnologie des peuples primitifs, inventorier leurs talismans. Je m’assigne donc Lire plus un terrain, la Gaule. Oui. Je suis gaulologue ; contrairement à Pocahontas, qui n’était pas anglologue. L’accès à la Gaule, vous le savez, exige un long et pénible détour : l’escalade du mont préfectoral. Un temple se dresse sur son sommet, centre des étudiants étrangers. Mon premier dessein sera d’y pénétrer pour dérober un talisman appelé ca’t de séjou’. Ah, mademoiselle Alexandre Dumas, vous, comme moi, voyez cela d’ici : La ca’t de séjou’, plus fort que la minute de silence dont on fit une symphonie, que l’Empire State Building filmé en continu pendant huit heures, que le pot doré de Beaubourg, et que les frigidaires superposés. Avec la ca’t de séjou’, j’entends révolutionner l’art contemporain, inventer mon genre à moi, toute seule. Chère ca’t de séjou’, ton compte est bon : je saurai faire de toi une œuvre d’art, car la valeur de l’art, c’est le dollar. L’expédition terminée, je tirerai un bon prix de ta vente à un musée d’art moderne. À moi Beaubourg, le Guggenheim, le MOMA de New York et le MIKO de Kyoto ; si l’art ne veut de moi, un musée-cimetière te conservera, toi, l’objet mort, tel un vieil appendice dans un bocal plein de formol. Ou alors, le Muséum d’histoire naturelle t’empaillera. Tu seras très bien, entre les restes d’une girafe et le cadavre sans sépulture d’une vénus hottentote.

De la gaulité dans le règne primal…

Le rite de la grève me paraît plus intéressant que ce rite de présentation ; l’exploration de la vie sexuelle des sauvages du Nord-Ouest parisien sera l’objet d’une étude ultérieure. Je lui demande donc de me raconter la grève. Il glisse sa main droite dans son slip, et raconte : — Il y a les Fonctionnaires, et les Routiers. À ces mots, il ferme les yeux, se concentre sur le mouvem Lire plus ent de sa main à l’intérieur de sa culotte. Il se tourne vers moi et continue : — Ils sont surpuissants : ils sont syndiqués, les salauds ! Il ferme à nouveau les yeux, se mordille les lèvres, éprouve quelques difficultés respiratoires. — Suce-moi. — Watara… je respecte ton point de vue du citadogène, mais ta position est difficile à soutenir. Les Routiers, les Fonctionnaires… Aucun ethnologue papou n’a formellement établi l’existence de ces deux peuples. Tes affirmations sont très discu… Watara, les yeux sortis de leurs orbites, le corps saisi de spasmes, mouille son pantalon. Il soupire de soulagement et reprend son souffle : — Ca séchera tout seul. Watara soutient que ces deux peuples guerriers et assoiffés de sang déclarent régulièrement la grève aux Gaulois. Les Gaulois riposteraient en se ruant sur la canne à sucre : — Les supermarchés sont pris d’assaut : farine, pâtes, sucre. Les gens ont peur que les Routiers n’approvisionnent plus les supermarchés en sucre. — Supermarchés ? C’est sur des champs antillais que l’on cultive la canne à sucre. Les champs supermarchés, je n’y crois pas. La ruée vers le sucre dont tu parles n’est qu’un vulgaire mythe, pareil à la ruée vers l’ail en Transylvanie : vous autres barbares inférieurs croyez que, comme l’ail, le sucre protège des assauts du vampire.

De l'universalité dans le règne colonial

Tu as vingt ans. En 1955, on t’embarque dans un bateau : tu pars en France pour apprendre à devenir administrateur des colonies, à l’École nationale d’administration. Mais pour te faire colon, il faut d’abord te faire citoyen français : on te décrète métropolitain de droit commun. Tu es content : droit commun, ça veut dire que tu n’es plus sujet, ni indigène : tu es citoyen fran Lire plus çais, « libéré de ses liens d’allégeance ». Dans l’apartheid, tu passes du bon côté ; tant pis pour les indigènes. Tu aurais voulu être séminariste à Lambaréné, tu finiras docteur en droit, et énarque, à Paris. Avec d’autres agneaux noirs des bergeries d’Afrique-Équatoriale française, tu es débarqué dans un Paris si blanc, toi qui es si noir. Parfois, on s’étonne que des Noirs, il y en ait encore : les tirailleurs sénégalais ne sont-ils pas tous tombés dans les poubelles de l’histoire des guerres mondiales ? On te fait les ca’t qu’il faut : étudiant, identité, ENA. Les dames roses et beiges gloussent au toucher de ta peau noire, dont elles s’étonnent qu’elle ne tache pas. Elles sont surprises par le crin sur ton crâne : il est si rêche, il pousse en l’air. Heureusement, de nos jours, les clones de Naomi Campbell perruquent comme elle leur tête crépue. Ça fait du lisse ou des vagues, du court ou du long, du noir ou du blond. Ajoutez-y des lentilles bleues, et racontez que le grand-père est blanc, ou que le noir, rassurez-vous, c’est juste du blanc peint. Entre deux années de droit, tu pars te battre pour l’Algérie française ; tu penses citoyen-colon : sans la chicotte française, point de salut. Mais la chicotte française t’a meurtri, le dressage colonial a tué ton grand-oncle et, chez les missionnaires, l’eau était glacée. Tu ne sais plus quoi penser. Cette guerre, elle te laisse un souvenir : une balle qui t’a frôlé la tempe, te creusant une amande délicate au coin de l’œil. Mais là, chose étrange, on ne t’a pas fait de ca’t d’ancien combattant.

Une véritable jubilation de la langue et de l’écriture, une galerie de personnages extravagants mais jamais ridicules hantent ce texte funambulesque et scandent l’existence réaliste et onirique d’une héroïne déracinée.
Le Figaro Littéraire

53 cm est un des livres les plus drôles et les plus féroces de cette rentrée littéraire. C’est un vigoureux coup de pied au derrière stéatopyge de la démocratie française, avec des références à Hegel, à Fanon, à Disney, et Darth Vader.
Le Nouvel Observateur


 

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