Ma laisse

Ma laisse

Un roman de François Prunier

Où un narrateur déjanté, un doux dingue, est hanté par la nécessité d’être tenu en laisse par une femme. Il tente de concilier son obsession avec une vie de famille normale

« Dans un monde bien fait (selon moi), ma Maîtresse pourrait prendre le métro en me tenant en laisse. Elle s’assiérait sur un strapontin et je m’agenouillerais près d’elle »

Roman au ton léger et humoristique, qui aborde, sous un angle nouveau, le thème du masochisme masculin

L’AUTO-INTERVIEW

6,99 € – Format e-pub6,99 € – Format pdfLibraires

 

    EAN13 : 9782953933048
    Genre : Littérature – Roman
    Editeur : La Margouline 2016
    Formats numériques : e-pub – pdf

Ma laisse est toute simple

Ma laisse est toute simple. Je la voulais ainsi. Sans clous ni chaînes ni autres décorations clinquantes. Je l’ai achetée en grande surface, bien moins cher que chez Démonia, à un prix très en deçà de ceux qui sont pratiqués dans toutes les boutiques gothiques et SM de Paris et du web. Ce n’est pas une question d’argent, même si je ne suis pas riche. Tous les masos ne sont pas des Lire plus aristos. Je prends le métro chaque matin et chaque soir aux heures de pointe pour aller bosser. C’est une affaire de goût. Bon, c’est sûr, je ne serai jamais indifférent à une jolie fille en cuir, avec des bottes noires et des bracelets de force à ses fins poignets, mais je préfère quand ça fait vrai. Alors un jour, je me suis décidé. C’était un vendredi soir, je faisais mes courses. J’ai fait une halte au rayon des accessoires canins. J’ai tâté les différentes laisses, je les ai discrètement caressées. J’hésitais sur la couleur. Je les aimais toutes. La noire irait bien aux mains d’une brune. La jaune à celles d’une blonde. La rouge serait pour les rousses. Les filles aux cheveux châtains pourraient me tenir avec celle qui était marron. J’étais optimiste. Un brin prétentieux. Je n’avais même plus de Maîtresse depuis plusieurs mois. J’étais le chien perdu sans collier. J’aurais pu en retrouver une facilement, sans vanité : il suffisait d’aller à la Nuit Élastique ou chez Cris et Chuchotements, mais j’en avais assez des soirées habillées (d’ailleurs plutôt déshabillées). Je le répète : j’aime quand ça fait vrai. J’étais à la recherche de quelque chose d’authentique. Ce qui est sans doute totalement contradictoire avec la nature du fantasme. Voilà pourquoi cela m’a valu tous les déboires que je vais raconter dans ce petit livre.

Sur mon corps les traces de coups…

J’ai la peau qui marque vite. C’est à la fois un avantage et un inconvénient. Un avantage parce que les filles s’arrêtent assez rapidement de frapper (pas toujours). Un inconvénient parce ça m’oblige à prendre des précautions pour dissimuler ces bleus lorsque je suis à la maison. Un avantage parce que ça m’excite de voir sur mon corps les traces de coups. Ça me rappelle la raclée que Lire plus m’a infligée ma partenaire (seule ou avec ses copines). Ça me ramène à mon identité profonde, tout au fond, dans la nuit, dans la fange. Et j’aime ça. Un inconvénient parce que ça me contraint à attendre plus longtemps avant de recommencer. Il faut patienter, jusqu’à ce que la peau reprenne son aspect normal. Bien entendu, d’autres soumis ne lanternent pas pendant cent sept ans. Ils s’en foutent. Ils sont plus cinglés que moi. Peut-être un peu suicidaires. Face à notre triste condition humaine (dans quel état j’erre), on a tous nos petites hystéries plus ou moins contrôlées, maso ou pas. Certains boivent, d’autres se droguent, certains jouent, d’autres escaladent l’Himalaya, pratiquent des sports dangereux, passent leur vie entière au travail, se lancent dans la quête du pouvoir ou de la gloire (des deux à la fois, aussi), s’empiffrent jusqu’à en crever, font des crises d’angoisse, des dépressions nerveuses, se rendent au stade pour s’entretuer, s’hypnotisent avec des religions mensongères, écrivent des livres, lisent des livres et tout et tout. C’est comme ça. Moi, je décharge en me faisant battre par des mains féminines. Merci, docteur Freud. Vous avez fait du bon travail. Très bon observateur. Excellent théoricien. Zola et Dostoïevski avaient tout compris avant vous, mais c’étaient des romanciers et non des docteurs. Le premier a tout exprimé dans La Bête humaine et le second dans Les frères Karamazov, mais il faut savoir déchiffrer. Vous, mon bon vieux Sigmund, vous avez tout clarifié. Chacun son domaine. Eux, c’était l’art. Vous, la science. Vous êtes tous les trois immenses. On aimerait presque que l’humanité ne s’éteigne jamais pour qu’elle puisse se souvenir de vous éternellement, mais faut pas rêver. Et d’ailleurs, ça n’a aucune importance.

Je t’ai dit de dégager

C’est arrivé aux Halles (encore et toujours). Un groupe de jeunes punks et de gothiques zonait à l’ombre de la fontaine des Innocents. Que des filles. Je m’agenouillai devant la plus belle et lui tendis la poignée de ma laisse avec un regard interrogateur. Avant que je prononce un seul mot, elle la saisit et la tira brutalement, me faisant tomber à ses pieds. — Lèche-moi les pompes, connard Lire plus ! C’était des Doc Martens ou des Carterpillar, de grosses chaussures de chantier ou de CRS, noires, en cuir, à lacets et semelles épaisses, bien cirées. J’obéis, le cœur battant, heureux et effrayé. — C’est qui ce type ? lui demanda une de ses copines. — J’en sais rien. Elle tira ma laisse d’un petit coup sec pour me faire comprendre que je devais me redresser. — Qu’est-ce que tu sais faire d’autre ? C’était une question classique à ce stade, du moins dans les boîtes spécialisées. Je commençai donc à lui énumérer mes petits travers (mon amour du bondage, mon fétichisme pour les pieds et les chaussures, ma passion pour l’humiliation…) mais elle m’interrompit bien vite : — T’as pas cinq euros ? Je n’avais que quelques billets de vingt. Ça m’ennuyait de lui donner plus que ce qu’elle demandait, mais je voulais poursuivre l’expérience. — Super ! fit-elle en empochant l’argent. Je cachai mon désappointement sous un sourire benêt. — Alors comme ça tu aimes obéir aux filles ? — J’adore ça. — C’est bien. T’as un téléphone ? Je lui tendis ma carte. — Merci. Tu dégages maintenant, je te sifflerai. J’avais à peine fait quelques mètres qu’elle m’appela : — Hé ! Reviens ! Et quand je fus à nouveau tout près d’elle : — Qu’est-ce que tu fous là ? Je t’ai dit de dégager. Je m’en allai sous leurs éclats de rire.


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